IFERISS

Institut Fédératif d’Etudes et de Recherches Interdisciplinaires Santé Société

Vient de paraître

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Réduire les Inégalités Sociales de Santé. Une approche interdisciplinaire de l'évaluation - Nadine HASCHAR-NOÉ, Thierry LANG (dir.) - 1er ouvrage de la collection Santé Société des PUM : SOMMAIRE

Actualité

Colloque "Santé : équité ou égalité ? Définir, mesurer, agir", du 23 au 25 mai 2018

Les actes du colloque seront publiés dans un numéro spécial de la RESP en septembre ou octobre 2018.

Les communications orales et Pecha Kucha sont en ligne.

Les ISS, leurs déterminants sociaux et les chaines de causalité

La littérature internationale sur les interventions visant à réduire les ISS est relativement pauvre et la littérature française quasiment inexistante. Une des explications tient à la difficulté d’évaluer de telles interventions mais aussi au manque de connaissances sur les mécanismes par lesquels les déterminants sociaux influencent l’état de santé. La détermination sociale de la santé a pourtant été mise en évidence. Les facteurs sociaux en cause peuvent être à l’œuvre déjà à des stades très précoces, durant la période fœtale ou l’enfance. Les maladies de l’adulte trouvent, pour une part, leur origine dans des expositions précoces à certains déterminants sociaux délétères. Le rapport Marmot OMS 2008 fait écho à ces avancées scientifiques puisqu’il souligne que pour réduire les ISS il est urgent de « Prendre position en faveur d’une approche globale des premiers stades de la vie et appliquer cette approche en s’appuyant sur les programmes existants de survie de l’enfant et en élargissant les interventions prévues pendant les premières années de l’existence au développement social, affectif et cognitif, à l’apprentissage du langage ». Une difficulté majeure est de comprendre la façon dont ces déterminants s’enchaînent de l’enfance à l’âge adulte pour influencer l’état de santé. La mise en évidence de ces chaines de causalité implique de comprendre comment l’environnement, au sens large, devient biologique, comment il s’incorpore et peut altérer le fonctionnement normal pour favoriser le développement de pathologies sur le long terme. Il ne s’agit plus seulement d’expliquer les ISS par des expositions physiques, chimiques et des comportements de santé socialement différenciés mais aussi par des expositions susceptibles de modifier « directement » des processus biologiques favorisant à distance le développement de pathologies, ce qui constitue une approche novatrice dans le champ des ISS.

La mise en évidence de tels mécanismes pourrait permettre d’identifier des cibles potentielles pour conduire des interventions de réduction des ISS à l’échelle individuelle et collective. Elle pourrait aussi permettre d’identifier des périodes « sensibles » pendant lesquelles des interventions seraient susceptibles d’être pertinentes. Cette approche fait de la période préconceptionnelle, de la grossesse et de la petite enfance des cibles privilégiées pour des interventions visant à réduire les ISS et fait donc du début de la vie un enjeu majeur de prévention dans un pays où la petite enfance est un peu délaissée sur le plan des études et des investissements publics (accueil des jeunes enfants). Cette approche correspond également à des enjeux scientifiques de décloisonnement entre sciences humaines et sociales, d’une part, et la biologie et l’utilisation des modèles animaux, indispensables pour produire des connaissances scientifiques nouvelles sur les déterminants sociaux de la santé. Elle constitue également un enjeu scientifique pour les grandes enquêtes de cohorte qui pourraient recueillir des données nouvelles permettant des analyses intégratives seules capables de tester la réalité de ces mécanismes chez l’homme. Enfin, de telles recherches rencontrent des enjeux éthiques et sociétaux majeurs. Certains d’entre eux n’ont pas fait l’objet d’études à ce jour, notamment les questions liées à la spécificité de l’information épigénétique. Plus généralement la prise en compte de l’existence de chaînes de causalité liant le social au biologique dans les politiques publiques, c’est-à-dire sur la façon dont de tels résultats peuvent faire leur apparition dans le débat public et/ou être transmis au public.

L’objectif de cet axe est d’étudier comment les expositions psychosociales précoces modifient les processus biologiques impliqués dans le développement ultérieur de pathologies. Le caractère ambitieux et novateur de ce projet réside dans les verrous scientifiques et techniques qu’il se propose de lever et dans le développement d’une culture des échanges entre phénomènes sociaux, biologiques et sociétaux qui sont aujourd’hui, au mieux, dans l’ignorance réciproque.